Pour l’auteur, qui explique être venu à l’écriture par le
jeu de rôle et le jeu vidéo, cette rencontre avec la LitRPG semble finalement
assez naturelle. Mais derrière les niveaux, les compétences et les mécaniques
inspirées du jeu vidéo, il tient surtout à rappeler une chose : Le Sablier
Noir reste avant tout un roman et une histoire à raconter.
« Je ne voudrais pas donner une mauvaise image francophone du genre »
Lire aussi : Le sablier noir - Lire les premiers chapitres
Qu’est-ce que ça fait d’être l’un des premiers
représentants de la LitRPG en France ?
Pierre Grimbert : C’est une grande joie et aussi une certaine pression. Je ne
voudrais pas être celui qui donne déjà une mauvaise image francophone du genre.
Mais c’était une volonté de ma part. Je voulais faire partie des premiers
puisque c’est un genre qui m’attire énormément. J’ai l’impression d’avoir
toujours connu la LitRPG. J’avais déjà fait des choses qui ressemblaient à de
la LitRPG sans savoir que ça en était. Quand j’ai appris officiellement le
lancement d’une collection dédiée, je me suis dit : « Il faut que j’en sois. »
Est-ce que vous avez lu les autres séries publiées par
Lorestone ?
J’en ai lu quelques-unes, essentiellement des premiers
tomes. Je me fais beaucoup de mal en tant qu’amateur de fantasy depuis très
longtemps ! Depuis que j’écris de manière professionnelle, je ne lis presque
plus, par choix. Pour différentes raisons : ne pas avoir trop d’inspiration
parasite, ne pas prendre une leçon de modestie en voyant que les gens font des
choses tellement merveilleuses qu’au moins je n’ose plus proposer mes propres
récits, et aussi pour garder ma liberté de création. Moins je vais voir ce que
les autres font, plus je reste libre de faire exactement ce que je veux. Mais
bien sûr, j’ai beaucoup regardé ce qui se faisait chez Lorestone. J’ai
également regardé plusieurs autres séries de fantasy et de LitRPG que j’ai lues
en anglais. Pas forcément le premier tome en entier, mais au moins quelques
chapitres pour voir ce qui se faisait.
« On est vraiment dans un récit »
Vous êtes venu à l’écriture par le biais du jeu vidéo et
du jeu de rôle, des univers qui caractérisent parfaitement la LitRPG. Est-ce ce
qui vous a poussé à écrire Le Sablier Noir ? Et comment résumeriez-vous cette
saga ?
Ce que je dirais en premier, c’est qu’on est bien dans la
littérature. On raconte une histoire. Il ne faut pas qu’il y ait de confusion
possible avec les livres dont vous êtes le héros, que j’apprécie beaucoup
également, ce n’est pas la question. Mais on n’est pas dans un livre-jeu. On
est dans un roman classique, avec des personnages qui vivent une histoire et
dont on va suivre l’évolution jusqu’à un dénouement. C’est sur quoi je veux
insister. On est vraiment dans un récit. Pour les gens qui ne connaissent pas
la LitRPG, ils peuvent y aller. Il n’y a pas de prérequis de connaissances en
jeu vidéo ou en jeu de rôle. On est pris par la main par l’auteur qui raconte
une histoire.
Pour vous, quelles sont les spécificités du genre ?
La spécificité de la LitRPG, c’est ce rapport au jeu.
Principalement au jeu vidéo, mais aussi au jeu de société et au jeu de rôle. On
va suivre l’évolution du personnage. Comme souvent en fantasy, on est dans le
roman initiatique. Mais là, on va le faire de manière chiffrée. Il y a
généralement un système qui impose des règles. Le personnage va franchir des
niveaux, acquérir des compétences. Tout ça est un peu programmé. Au contraire
de mettre des balises et des limites au récit, cela va permettre des choses qui
n’ont pas été faites et qu’on ne peut pas forcément faire dans le récit
traditionnel. On peut mettre en opposition des personnages de niveaux très
différents et étudier la manière dont ils vont gérer la situation, plutôt que
de raconter un combat classique, un duel à l’épée, etc. Là, on le fait aussi en
se basant sur des chiffres qui ne sont pas forcément arbitraires puisqu’ils ont
été définis, mais qui ne sont pas tombés de nulle part. Le personnage a sa
classe, ses compétences listées. En gros, il n’a que ça pour se débrouiller.
Qu’est-ce qui vous intéresse personnellement dans cette mécanique ?
L’intérêt personnel que j’ai, c’est de montrer comment le
personnage peut se surpasser pour accomplir des choses qu’il n’est pas censé
pouvoir accomplir avec les capacités dont il dispose. Pour le lecteur, j’espère
que l’intérêt, c’est de découvrir l’évolution du personnage. Le fait de passer
des niveaux et de franchir des étapes permet de lui poser des difficultés de
plus en plus grandes et, à chaque fois, de le remettre en question. À tout cela
s’ajoutent les classiques questionnements sur la destinée, le bien et le mal,
tout ce qu’on peut proposer en littérature en général et en fantasy en
particulier. Je pense que le côté RPG, le côté jeu chiffré, ajoute une
dimension supplémentaire. Il permet des ressorts scénaristiques supplémentaires
qui sont intéressants, et que je trouve très intéressants à explorer.
« D’abord, je vais faire de la LitRPG »
D’où est venue l’idée du Sablier Noir ?
C’est un petit peu particulier. J’ai d’abord eu l’intention
d’écrire de la LitRPG et ensuite j’ai cherché une idée. Cela a permis de
déterminer exactement ce que je voulais faire, ce vers quoi je voulais aller,
de creuser beaucoup le sujet, d’éliminer des voies qui me semblaient moins
intéressantes et de me concentrer sur celles avec lesquelles j’étais à l’aise
et qui me semblaient importantes à développer. Ainsi, j’ai pu choisir un
personnage précis, le monde difficile dans lequel elle a évolué, puisqu’il s’agit
d’un personnage féminin, et tout ce qui gravite autour. Avant même de commencer
la rédaction du tome 1, j’avais constitué une bible littéraire de plusieurs
dizaines de pages qui reprenait les grandes lignes de l’intrigue, des
personnages et du système qui allait gérer tout ça. Je n’ai pas eu une idée
d’histoire et ensuite je me suis dit : « En LitRPG, ça collerait bien. »
C’était l’inverse : d’abord, je vais faire de la LitRPG, puis je me suis
demandé quelle histoire pourrait bien fonctionner avec cette contrainte.
« Lorica, une héroïne qui cherche des réponses »
Si Lorica devait être une héroïne de jeu vidéo, Qui serait-elle ?
C’est difficile pour moi de répondre parce que, même si j’ai
annoncé avoir été inspiré par les jeux vidéo, j’en fais très peu. J’en fais
beaucoup moins maintenant et je n’ai pas une énorme culture du jeu vidéo. Je me
suis concentré sur quelques grands jeux, spécialement en action-RPG, comme Diablo
ou Path of Exile, où j’ai passé des centaines d’heures. Devoir citer
un personnage qui pourrait évoquer Lorica, ce n’est pas évident. Mais dans ces
jeux, ce serait un personnage féminin un peu furtif.
Lorica est un personnage fort, qui redoute davantage de
mourir ignorante que de mourir tout court. Sa soif de lever le voile sur les
mystères qui entourent son passé la fait tenir et lui permet de se révéler.
Pouvez-vous nous parler de son parcours à travers ce premier tome ?
Exercice sans spoiler… Lorica est un personnage d’une
vingtaine d’années qui vit dans un monde difficile, dangereux, puisqu’il a été
dévasté par des puissances que sont les Archontes, l’équivalent de divinités
qui lèvent des armées, etc. Mais ils n’ont pas encore éradiqué toute
résistance. Lorica fait partie des quelques personnes encore debout dans cet
univers. Malheureusement, c’est une jeune femme qui souffre d’une petite
infirmité de naissance. Comme je le dis dans le livre, elle a le souffle court et
est assez vite épuisée par l’effort. Mais tout cela ne l’empêche pas de
vouloir, comme vous venez de le dire, lever le voile sur les mystères qui
l’entourent et sur les injustices dont elle se sent victime. C’est ce qui la
motive plus que la volonté de devenir la meilleure, de franchir les niveaux,
etc. En fait, elle mène cette quête personnelle, d’abord pour répondre à ses
questions. Il se trouve que, sur le chemin qu’elle emprunte, cela lui permet
également de devenir plus forte physiquement. Mais ce n’est pas son objectif
initial.
« La difficulté, c’est de choisir ce que je vais raconter »
Est-ce compliqué de développer un monde qui n’existe pas,
qui a sa propre histoire, ses propres codes et ses propres règles ?
Non, c’est un plaisir. Dans la fantasy, en tout cas, on est
dans le rêve. Quand j’invente un univers inexistant, bien sûr, avec ses propres
règles, je poursuis un peu mes jeux d’enfants quand on disait qu’on était des
pirates. J’ai la chance de pouvoir faire cette activité à temps complet. Je
baigne donc en permanence dans ces univers. Même si je travaille régulièrement
sur plusieurs univers en parallèle, puisqu’il y a des séries à poursuivre,
elles n’avancent pas toutes au même rythme. Cela fonctionne par périodes de
plusieurs mois pendant lesquelles je me retrouve complètement immergé dans ces
univers. Du coup, ce n’est pas une difficulté d’imaginer comment les
développer. La difficulté serait plutôt de choisir ce que je vais raconter en
priorité. On pourrait aller très loin dans la création d’un univers :
cartographier, raconter l’historique de chacun de ses sites importants, son
panthéon, son histoire… Mais il faut se limiter parce qu’avant tout, l’idée,
c’est de raconter une histoire et de découvrir un monde. Le voyage se fait à
travers le regard d’un protagoniste principal. Ce n’est donc pas là que je
ressens une difficulté. La difficulté serait plutôt de choisir ce que je vais
raconter. Parmi toutes les possibilités qui s’offrent à moi, il faut être concret
et ne pas oublier qu’on n’est pas là pour faire un atlas de l’imaginaire, mais
avant tout pour proposer une histoire.
« J’ai beaucoup d’affection pour Lorica »
Est-ce que vous avez dans le livre un personnage que vous
préférez en particulier, que vous affectionnez le plus ?
Bien évidemment, Lorica, puisqu’elle est mise en avant. Je
l’ai choisie et imaginée telle quelle. Tout est issu des choses que j’ai pu
mettre en place et imaginer. Je ne me suis pas tiré une balle dans le pied en
mettant en scène des personnages secondaires importants avec lesquels je
n’aurais pas d’affinité. J’aime beaucoup les personnages qui gravitent autour
de Lorica. Même parmi ses antagonistes, il y a des personnages forts. Il peut
m’arriver qu’un personnage ne corresponde pas à l’idée que j’en avais au
départ. Soit j’arrive à le recadrer, soit il disparaît. Il prend moins
d’importance. C’est comme une sélection naturelle littéraire. J’ai beaucoup
d’affection pour Lorica, pour sa volonté, son acharnement à obtenir des
réponses malgré les mauvaises cartes qu’elle a en main.
La couverture représente un moment fort du bouquin. Est-ce que vous avez participé à son élaboration ?
Pas plus que ça, mais on est toujours consulté à un moment
ou à un autre du projet. La façon dont on m’a proposé ce projet me convenait
très bien. C’était assez rapide. J’ai trouvé ça vraiment bien effectué.
À la toute fin, on découvre pourquoi le livre s’intitule
Le Sablier Noir et c’est un élément important du lore qui n’est pas unique.
Est-ce que l’on peut y voir un indice sur le nombre total de tomes dans la saga
?
C’est impossible à dire pour l’instant. Officiellement, on
est parti sur une trilogie. J’ai la matière pour faire beaucoup plus de
volumes. Après avoir passé un bon moment à ajouter de la profondeur à l’univers
et à l’intrigue, j’ai de la matière pour faire beaucoup de volumes. J’aimerais
les faire parce que j’ai de l’affection pour cet univers. J’aime beaucoup
travailler sur le long terme. Mon autre série phare, un peu connue, c’était Le
Secret de Ji, pour laquelle il y a eu quatre séries complètes dans cet
univers. On est arrivé à un total de seize romans. Partir sur huit, neuf ou
douze romans pour Le Sablier Noir, ça ne me fait pas du tout peur. Au
contraire, j’aimerais beaucoup.
Lire aussi : Le Sablier Noir : Pourquoi le premier grand roman LitRPG français mérite déjà ton attention
> Le sablier noir de Pierre Grimbert, le 3 septembre. (Lorestone)




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