samedi 29 août 2026

Le sablier noir / Pierre Grimbert : « Je voulais faire partie des premiers représentants de la LitRPG en France »

Pierre Grimbert Le sanlier noir interview
#Interview | Alors que Le sablier noir s’apprête à débarquer chez Lorestone, Pierre Grimbert fait ses premiers pas dans la LitRPG avec une saga pensée dès l’origine autour des mécaniques du genre. L’auteur du Secret de Ji nous présente son héroïne Lorica, son univers sombre et les ambitions qu’il nourrit déjà pour cette nouvelle aventure…

le sablier noir lorestone
Avec Le Sablier Noir, Pierre Grimbert s’attaque à un genre encore jeune en France, la LitRPG. Publié par Lorestone, la maison d’édition qui a fait venir le genre en France avec des séries à succès comme Dungeon Crawler Carl ou System Universe. Le premier tome de cette nouvelle saga est attendu le 3 septembre 2026 et nous avons l’interviewé pour en savoir plus.

Pour l’auteur, qui explique être venu à l’écriture par le jeu de rôle et le jeu vidéo, cette rencontre avec la LitRPG semble finalement assez naturelle. Mais derrière les niveaux, les compétences et les mécaniques inspirées du jeu vidéo, il tient surtout à rappeler une chose : Le Sablier Noir reste avant tout un roman et une histoire à raconter.

« Je ne voudrais pas donner une mauvaise image francophone du genre »

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Qu’est-ce que ça fait d’être l’un des premiers représentants de la LitRPG en France ?

Pierre Grimbert : C’est une grande joie et aussi une certaine pression. Je ne voudrais pas être celui qui donne déjà une mauvaise image francophone du genre. Mais c’était une volonté de ma part. Je voulais faire partie des premiers puisque c’est un genre qui m’attire énormément. J’ai l’impression d’avoir toujours connu la LitRPG. J’avais déjà fait des choses qui ressemblaient à de la LitRPG sans savoir que ça en était. Quand j’ai appris officiellement le lancement d’une collection dédiée, je me suis dit : « Il faut que j’en sois. »

Est-ce que vous avez lu les autres séries publiées par Lorestone ?

J’en ai lu quelques-unes, essentiellement des premiers tomes. Je me fais beaucoup de mal en tant qu’amateur de fantasy depuis très longtemps ! Depuis que j’écris de manière professionnelle, je ne lis presque plus, par choix. Pour différentes raisons : ne pas avoir trop d’inspiration parasite, ne pas prendre une leçon de modestie en voyant que les gens font des choses tellement merveilleuses qu’au moins je n’ose plus proposer mes propres récits, et aussi pour garder ma liberté de création. Moins je vais voir ce que les autres font, plus je reste libre de faire exactement ce que je veux. Mais bien sûr, j’ai beaucoup regardé ce qui se faisait chez Lorestone. J’ai également regardé plusieurs autres séries de fantasy et de LitRPG que j’ai lues en anglais. Pas forcément le premier tome en entier, mais au moins quelques chapitres pour voir ce qui se faisait.

« On est vraiment dans un récit »

Vous êtes venu à l’écriture par le biais du jeu vidéo et du jeu de rôle, des univers qui caractérisent parfaitement la LitRPG. Est-ce ce qui vous a poussé à écrire Le Sablier Noir ? Et comment résumeriez-vous cette saga ?

Ce que je dirais en premier, c’est qu’on est bien dans la littérature. On raconte une histoire. Il ne faut pas qu’il y ait de confusion possible avec les livres dont vous êtes le héros, que j’apprécie beaucoup également, ce n’est pas la question. Mais on n’est pas dans un livre-jeu. On est dans un roman classique, avec des personnages qui vivent une histoire et dont on va suivre l’évolution jusqu’à un dénouement. C’est sur quoi je veux insister. On est vraiment dans un récit. Pour les gens qui ne connaissent pas la LitRPG, ils peuvent y aller. Il n’y a pas de prérequis de connaissances en jeu vidéo ou en jeu de rôle. On est pris par la main par l’auteur qui raconte une histoire.

Pour vous, quelles sont les spécificités du genre ?

La spécificité de la LitRPG, c’est ce rapport au jeu. Principalement au jeu vidéo, mais aussi au jeu de société et au jeu de rôle. On va suivre l’évolution du personnage. Comme souvent en fantasy, on est dans le roman initiatique. Mais là, on va le faire de manière chiffrée. Il y a généralement un système qui impose des règles. Le personnage va franchir des niveaux, acquérir des compétences. Tout ça est un peu programmé. Au contraire de mettre des balises et des limites au récit, cela va permettre des choses qui n’ont pas été faites et qu’on ne peut pas forcément faire dans le récit traditionnel. On peut mettre en opposition des personnages de niveaux très différents et étudier la manière dont ils vont gérer la situation, plutôt que de raconter un combat classique, un duel à l’épée, etc. Là, on le fait aussi en se basant sur des chiffres qui ne sont pas forcément arbitraires puisqu’ils ont été définis, mais qui ne sont pas tombés de nulle part. Le personnage a sa classe, ses compétences listées. En gros, il n’a que ça pour se débrouiller.

Lorestone Le sablier noir

Qu’est-ce qui vous intéresse personnellement dans cette mécanique ?

L’intérêt personnel que j’ai, c’est de montrer comment le personnage peut se surpasser pour accomplir des choses qu’il n’est pas censé pouvoir accomplir avec les capacités dont il dispose. Pour le lecteur, j’espère que l’intérêt, c’est de découvrir l’évolution du personnage. Le fait de passer des niveaux et de franchir des étapes permet de lui poser des difficultés de plus en plus grandes et, à chaque fois, de le remettre en question. À tout cela s’ajoutent les classiques questionnements sur la destinée, le bien et le mal, tout ce qu’on peut proposer en littérature en général et en fantasy en particulier. Je pense que le côté RPG, le côté jeu chiffré, ajoute une dimension supplémentaire. Il permet des ressorts scénaristiques supplémentaires qui sont intéressants, et que je trouve très intéressants à explorer.

« D’abord, je vais faire de la LitRPG »

D’où est venue l’idée du Sablier Noir ?

C’est un petit peu particulier. J’ai d’abord eu l’intention d’écrire de la LitRPG et ensuite j’ai cherché une idée. Cela a permis de déterminer exactement ce que je voulais faire, ce vers quoi je voulais aller, de creuser beaucoup le sujet, d’éliminer des voies qui me semblaient moins intéressantes et de me concentrer sur celles avec lesquelles j’étais à l’aise et qui me semblaient importantes à développer. Ainsi, j’ai pu choisir un personnage précis, le monde difficile dans lequel elle a évolué, puisqu’il s’agit d’un personnage féminin, et tout ce qui gravite autour. Avant même de commencer la rédaction du tome 1, j’avais constitué une bible littéraire de plusieurs dizaines de pages qui reprenait les grandes lignes de l’intrigue, des personnages et du système qui allait gérer tout ça. Je n’ai pas eu une idée d’histoire et ensuite je me suis dit : « En LitRPG, ça collerait bien. » C’était l’inverse : d’abord, je vais faire de la LitRPG, puis je me suis demandé quelle histoire pourrait bien fonctionner avec cette contrainte.

« Lorica, une héroïne qui cherche des réponses »

Si Lorica devait être une héroïne de jeu vidéo, Qui serait-elle ?

C’est difficile pour moi de répondre parce que, même si j’ai annoncé avoir été inspiré par les jeux vidéo, j’en fais très peu. J’en fais beaucoup moins maintenant et je n’ai pas une énorme culture du jeu vidéo. Je me suis concentré sur quelques grands jeux, spécialement en action-RPG, comme Diablo ou Path of Exile, où j’ai passé des centaines d’heures. Devoir citer un personnage qui pourrait évoquer Lorica, ce n’est pas évident. Mais dans ces jeux, ce serait un personnage féminin un peu furtif.

Lorica est un personnage fort, qui redoute davantage de mourir ignorante que de mourir tout court. Sa soif de lever le voile sur les mystères qui entourent son passé la fait tenir et lui permet de se révéler. Pouvez-vous nous parler de son parcours à travers ce premier tome ?

Exercice sans spoiler… Lorica est un personnage d’une vingtaine d’années qui vit dans un monde difficile, dangereux, puisqu’il a été dévasté par des puissances que sont les Archontes, l’équivalent de divinités qui lèvent des armées, etc. Mais ils n’ont pas encore éradiqué toute résistance. Lorica fait partie des quelques personnes encore debout dans cet univers. Malheureusement, c’est une jeune femme qui souffre d’une petite infirmité de naissance. Comme je le dis dans le livre, elle a le souffle court et est assez vite épuisée par l’effort. Mais tout cela ne l’empêche pas de vouloir, comme vous venez de le dire, lever le voile sur les mystères qui l’entourent et sur les injustices dont elle se sent victime. C’est ce qui la motive plus que la volonté de devenir la meilleure, de franchir les niveaux, etc. En fait, elle mène cette quête personnelle, d’abord pour répondre à ses questions. Il se trouve que, sur le chemin qu’elle emprunte, cela lui permet également de devenir plus forte physiquement. Mais ce n’est pas son objectif initial.

« La difficulté, c’est de choisir ce que je vais raconter »

Est-ce compliqué de développer un monde qui n’existe pas, qui a sa propre histoire, ses propres codes et ses propres règles ?

Non, c’est un plaisir. Dans la fantasy, en tout cas, on est dans le rêve. Quand j’invente un univers inexistant, bien sûr, avec ses propres règles, je poursuis un peu mes jeux d’enfants quand on disait qu’on était des pirates. J’ai la chance de pouvoir faire cette activité à temps complet. Je baigne donc en permanence dans ces univers. Même si je travaille régulièrement sur plusieurs univers en parallèle, puisqu’il y a des séries à poursuivre, elles n’avancent pas toutes au même rythme. Cela fonctionne par périodes de plusieurs mois pendant lesquelles je me retrouve complètement immergé dans ces univers. Du coup, ce n’est pas une difficulté d’imaginer comment les développer. La difficulté serait plutôt de choisir ce que je vais raconter en priorité. On pourrait aller très loin dans la création d’un univers : cartographier, raconter l’historique de chacun de ses sites importants, son panthéon, son histoire… Mais il faut se limiter parce qu’avant tout, l’idée, c’est de raconter une histoire et de découvrir un monde. Le voyage se fait à travers le regard d’un protagoniste principal. Ce n’est donc pas là que je ressens une difficulté. La difficulté serait plutôt de choisir ce que je vais raconter. Parmi toutes les possibilités qui s’offrent à moi, il faut être concret et ne pas oublier qu’on n’est pas là pour faire un atlas de l’imaginaire, mais avant tout pour proposer une histoire.

« J’ai beaucoup d’affection pour Lorica »

Est-ce que vous avez dans le livre un personnage que vous préférez en particulier, que vous affectionnez le plus ?

Bien évidemment, Lorica, puisqu’elle est mise en avant. Je l’ai choisie et imaginée telle quelle. Tout est issu des choses que j’ai pu mettre en place et imaginer. Je ne me suis pas tiré une balle dans le pied en mettant en scène des personnages secondaires importants avec lesquels je n’aurais pas d’affinité. J’aime beaucoup les personnages qui gravitent autour de Lorica. Même parmi ses antagonistes, il y a des personnages forts. Il peut m’arriver qu’un personnage ne corresponde pas à l’idée que j’en avais au départ. Soit j’arrive à le recadrer, soit il disparaît. Il prend moins d’importance. C’est comme une sélection naturelle littéraire. J’ai beaucoup d’affection pour Lorica, pour sa volonté, son acharnement à obtenir des réponses malgré les mauvaises cartes qu’elle a en main.

La couverture représente un moment fort du bouquin. Est-ce que vous avez participé à son élaboration ?

Pas plus que ça, mais on est toujours consulté à un moment ou à un autre du projet. La façon dont on m’a proposé ce projet me convenait très bien. C’était assez rapide. J’ai trouvé ça vraiment bien effectué.

À la toute fin, on découvre pourquoi le livre s’intitule Le Sablier Noir et c’est un élément important du lore qui n’est pas unique. Est-ce que l’on peut y voir un indice sur le nombre total de tomes dans la saga ?

C’est impossible à dire pour l’instant. Officiellement, on est parti sur une trilogie. J’ai la matière pour faire beaucoup plus de volumes. Après avoir passé un bon moment à ajouter de la profondeur à l’univers et à l’intrigue, j’ai de la matière pour faire beaucoup de volumes. J’aimerais les faire parce que j’ai de l’affection pour cet univers. J’aime beaucoup travailler sur le long terme. Mon autre série phare, un peu connue, c’était Le Secret de Ji, pour laquelle il y a eu quatre séries complètes dans cet univers. On est arrivé à un total de seize romans. Partir sur huit, neuf ou douze romans pour Le Sablier Noir, ça ne me fait pas du tout peur. Au contraire, j’aimerais beaucoup.

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> Le sablier noir de Pierre Grimbert, le 3 septembre. (Lorestone) 

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