Trente ans après la tragédie de Raccoon City, Resident Evil Requiem replonge la saga culte de Resident Evil dans ses racines horrifiques. Entre nouvelle héroïne, retour d’un personnage légendaire et ambiance toujours plus oppressante et horrifique, ce nouvel épisode tente de mêler survival horror classique et modernité technique. C’est avec un code fourni par l’éditeur (et armé du Requiem) que l’on a plongé dans une aventure sombre, tendue et particulièrement marquante. On a testé Resident Evil Requiem, voici notre verdict…
9 min de lecture
Depuis près de trente ans, la série Resident Evil
a façonné le survival horror moderne. Entre virus mutants, laboratoires
secrets, déviances et villes dévastées, la licence de Capcom n’a cessé
d’évoluer tout en conservant une identité forte.
Avec Resident Evil Requiem, le studio d’Osaka choisit
de revenir à l’un des événements les plus marquants de la saga : l’incident de
Raccoon City. Mais cette fois, le regard change. L’histoire ne se contente plus
de raconter la catastrophe : elle s’intéresse à ses survivants, aux cicatrices
qu’elle a laissées derrière elle… et aux répercussions qui sont encore
effectives trente ans après.
Ce nouvel opus introduit une héroïne inédite tout en
ramenant une figure emblématique de la série. Un duo qui va devoir affronter un
passé que personne n’a réellement réussi à enterrer.
L’histoire de Resident Evil Requiem se déroule trente
ans après les événements tragiques de Raccoon City. Le monde a changé,
mais les conséquences de l’épidémie sont toujours bien présentes. Le jeu suit
Grace Ashcroft, analyste du renseignement au FBI et fille d’Alyssa Ashcroft,
une survivante bien connue des fans de Resident Evil Outbreak (sorti en
2003 sur PS2). Dix ans auparavant, sa mère a été assassinée par un zombie
programmé, un événement qui a profondément marqué Grace et orienté toute sa
carrière. Chargée d’enquêter sur une série de morts mystérieuses, Grace
découvre rapidement un point commun troublant : toutes les victimes sont
d’anciens survivants de Raccoon City. Des cadavres tuméfiés, des traces
d’infection… et une piste qui ramène inexorablement au virus T.
« Trois décennies après la catastrophe, les
fantômes de Raccoon City continuent de réclamer leurs victimes »
De son côté, Leon S. Kennedy, désormais agent
expérimenté du DSO, mène sa propre enquête. Lui comprend vite ce qui se passe :
les survivants de Raccoon City meurent lentement, victimes d’une infection
latente liée au virus T. Même Leon n’est pas épargné. Des marques noires
apparaissent déjà sur sa nuque, signe que le temps joue peut-être contre lui. Lorsque
Grace est kidnappée par une mystérieuse créature traqueuse et emmenée dans le
centre médical de Rhodes Hill, Leon se lance immédiatement à sa recherche. C’est
là que commence véritablement l’aventure, dans un lieu aussi inquiétant que
chargé de secrets, dans la lignée des lieux emblématiques qui ont été la saga.
Le premier décor principal de l’aventure est le centre de
soin de Rhodes Hill. Un immense complexe médical que tu vas explorer dans ses
moindres recoins : sous-sols, étages abandonnés, ailes médicales délabrées… Un
lieu unique, fidèle à la tradition de la série, à la fois familier et
profondément malsain. Chaque pièce est richement détaillée (et souillée par du
sang infecté) : matériel médical rouillé, éclairages blafards, couloirs
interminables et salles d’opération abandonnées. L’ensemble crée une atmosphère
oppressante qui rappelle les meilleurs moments de la saga. Le jeu t’emmène ensuite dans certaines zones de Raccoon City, ravivant les souvenirs de la
catastrophe.
« Entre réalisme graphique et horreur viscérale,
Resident Evil Requiem mise sur l’immersion totale »
Le bestiaire de RER est particulièrement réussi. Entre zombies
classiques, créatures mutantes et nouveaux monstres particulièrement
grotesques, le jeu assume pleinement son côté gore. Certaines rencontres sont
même franchement dérangeantes comme celle avec la jeune Emily dont la cécité décuple
ses sens (et le ressentiment d’horreur) dans la scène de l’hélico pris d’assaut
par une horde de monstres.
La DualSense de la PlayStation 5 est très bien
exploitée. Les gâchettes adaptatives renforcent les sensations lors des tirs et
des interactions, tandis que le retour haptique accentue chaque moment de
tension. Il y a aussi les micros-vibrations, comme au début de l’aventure quand
Grace est sous la pluie et que l’on ressent les gouttes tombées sur la manette.
Mais c’est surtout le son 3D qui impressionne. Jouer avec un casque permet de
percevoir les déplacements des ennemis autour de toi. De sentir, de craindre
leur présence. Un grognement derrière une porte, un bruit de pas dans un
couloir voisin… autant de détails qui te maintiennent constamment sous pression
et qui te font ressentir la peur. Le résultat est redoutablement efficace, tu
te sens aussi en danger que Grace à chaque instant.
Deux héros, deux
visions du survival horror
L’une des grandes forces de Resident Evil Requiem
réside dans son système de double protagoniste. Le jeu alterne entre Grace
Ashcroft et Leon S. Kennedy, deux personnages qui incarnent deux visions
très différentes du survival horror, ce qui apporte du changement de rythme,
des « respirations » sous forme de grand défouloir après des
séquences de tensions extrêmes.
Grace représente la vulnérabilité. Ses séquences se
rapprochent fortement de l’approche horrifique vue dans Resident Evil 7 : Biohazard ou Resident Evil Village. Elle dispose de peu de moyens de
défense et doit souvent éviter les ennemis les plus dangereux plutôt que les
affronter frontalement. Son inventaire est limité, les ressources sont rares et
chaque rencontre peut rapidement tourner au cauchemar. L’exploration repose
alors sur l’observation, la gestion de l’équipement et la résolution d’énigmes
environnementales.
« Resident Evil Requiem joue avec les nerfs du
joueur en alternant vulnérabilité pure et action maîtrisée »
La caméra en vue subjective accentue encore cette sensation
d’immersion. Chaque couloir, chaque salle du centre médical de Rhodes Hill
devient un espace de tension. Tu avances lentement, écoutes le moindre bruit et
hésites à ouvrir certaines portes de peur de tomber sur une horreur tapie dans
l’ombre et certaines séquences ne font pas dans la dentelle, les développeurs
n’ont pas été avares en utilisant des hectolitres d’hémoglobines infectées.
Ces séquences rappellent clairement l’approche horrifique
instaurée par Resident Evil 7: Biohazard. Le jeu insiste sur la gestion
des ressources, l’observation de l’environnement et la résolution d’énigmes. On
est dans du pur RE avec des allers retours nombreux pour mettre toutes les
pièces en place. Les puzzles sont d’ailleurs bien intégrés à l’exploration du
centre médical : rétablir le courant dans certaines ailes du bâtiment, fouiller
des archives médicales ou manipuler d’anciens équipements pour accéder à de
nouvelles zones.
« Requiem alterne deux styles de jeu opposés pour
maintenir la tension du début à la fin »
Leon, à l’inverse, apporte une dimension beaucoup plus
orientée action. L’agent expérimenté dispose d’un arsenal plus large, plus
musclé et de capacités de combat avancées : parades, coups de pied, actions
contextuelles et utilisation d’armes plus puissantes rappellent clairement les
sensations de Resident Evil 4. Quand Grace joue du couteau, Leon y va à
la hache. Son inventaire est plus généreux et il peut affronter les créatures
avec une efficacité redoutable : comme s'il avait déjà tout vu et que plus rien ne lui faisait peur.
Cette alternance fonctionne étonnamment bien. Les sections
avec Grace installent une tension permanente, où chaque couloir peut devenir un
piège. Puis Leon arrive pour « relâcher la pression » avec des
affrontements plus spectaculaires et dynamiques. Le jeu joue constamment avec
ce contraste. Une séquence peut te faire passer d’une infiltration angoissante
proche d’un survival horror pur à une scène d’action nerveuse digne d’un
blockbuster quand Leon se met en mode sniper pour couvrir la fuite de Grace. Ce « ping-pong »
entre les deux personnages évite toute monotonie et permet de couvrir toute la
palette du gameplay Resident Evil. On retrouve également cette dualité avec les
lieux qui servent de cadre au jeu, que ce soit Rhodes Hill ou Racoon City.
« Les sections avec Grace installent une tension
constante. Avec Leon on " relâche " la pression »
Le jeu joue intelligemment sur ce contraste et cette
alternance fonctionne remarquablement bien. Après une longue phase
d’exploration angoissante avec Grace, il n’est pas rare que le joueur prenne
enfin le contrôle de Leon pour affronter une horde de créatures dans une
séquence beaucoup plus explosive. Cette construction évite la monotonie et
permet à Resident Evil Requiem de couvrir tout le spectre du survival
horror moderne : la peur viscérale, l’exploration méthodique et l’action
intense. Le titre réussit ainsi à réunir plusieurs ADN de la saga dans un seul
épisode.
Une gestion de la survie toujours au
cœur du jeu
Comme tout bon
épisode de la saga Resident Evil, Resident Evil Requiem repose
sur un principe fondamental, la gestion des ressources. Le jeu ne se contente
pas d’enchaîner les affrontements. Il pousse constamment le joueur à réfléchir
à la meilleure manière d’aborder une situation. Faut-il utiliser ses dernières
munitions pour éliminer un zombie dans un couloir étroit… ou tenter de l’éviter
au risque de devoir repasser par-là plus tard ? Les munitions, les plantes de
soin et les objets de craft sont volontairement distribués avec parcimonie,
surtout dans les phases jouées avec Grace. Chaque découverte devient alors un
petit soulagement, presque une récompense après plusieurs minutes de tension. Dans Requiem, on peut récolter du sang infectés afin de le combiner pour obtenir un
sérum qui empêche les morts de se réveiller en mutant plus coriaces.
« Dans
Resident Evil Requiem, chaque balle compte et chaque décision peut devenir
fatale »
Les fameuses boîtes
de stockage, emblématiques de la série, font évidemment leur retour. Elles
permettent de déposer du matériel pour libérer de la place dans l’inventaire,
mais obligent aussi à anticiper ses déplacements dans le centre médical de
Rhodes Hill. Avant de partir explorer une nouvelle aile du bâtiment, mieux vaut
réfléchir à ce que l’on emporte avec soi. Le jeu encourage aussi l’exploration
minutieuse. Certaines pièces apparemment anodines cachent des ressources
précieuses, tandis que des documents disséminés dans l’hôpital permettent de
mieux comprendre les expériences menées dans le complexe, ou de trouver le code
d’un coffre qui renferme plein de ressources. Il ne faut pas oublier de
ramasser les pièces antiques qui permettent d’acheter des objets au casino. Ce système crée une
tension permanente, on n’est jamais totalement en sécurité, même après avoir
nettoyé une zone. Et c’est précisément cette pression constante qui fait toute
la force de Resident Evil Requiem.
Un retour aux
racines qui assume son héritage
Avec Resident Evil Requiem, Capcom livre un
épisode qui regarde clairement dans le rétroviseur de la franchise. L’histoire
réussit à exploiter intelligemment l’héritage de Raccoon City, l’un des
événements fondateurs de la série. Plutôt que de simplement revisiter la
catastrophe, le jeu explore ses conséquences sur ceux qui y ont survécu. Cette
approche donne au récit une tonalité plus mélancolique et plus mature. L’introduction
de Grace Ashcroft fonctionne également très bien. En tant que nouvelle héroïne,
elle apporte une perspective différente sur l’univers Resident Evil. Moins
expérimentée que les vétérans de la saga, elle renforce le sentiment de
vulnérabilité qui fait l’essence du survival horror.
« Resident Evil Requiem transforme le passé de la
saga en moteur narratif et ludique »
Le retour de Leon S. Kennedy apporte quant à lui un
équilibre parfait entre nostalgie et efficacité. Son gameplay plus dynamique
vient contrebalancer les phases d’exploration plus lentes et anxiogènes. À
l’image de ce retour, Requiem est truffé de références aux précédents opus. Techniquement,
le jeu impressionne grâce au RE Engine, toujours aussi performant. Les
environnements sont détaillés, le bestiaire particulièrement dérangeant et
l’ambiance sonore redoutablement efficace. La DualSense de la PlayStation 5
ajoute d’ailleurs une vraie plus-value. Les vibrations et les gâchettes
adaptatives participent à l’immersion, tandis que le son 3D renforce l’angoisse
en permettant de localiser les ennemis dans l’espace. Quelques séquences
peuvent toutefois sembler un peu classiques pour les habitués de la série, et
certains puzzles restent relativement simples. Mais ces défauts restent mineurs
face à la cohérence globale de l’expérience.
Finalement, Resident Evil Requiem apparaît comme un
épisode très respectueux de la saga, qui réussit à mêler héritage et modernité
sans trahir l’identité du survival horror.
> Resident Evil Requiem, un jeu Capcom sur
PS5, Xbox Series, Switch 2 et PC déjà dispo.
+d'infos : Resident Evil Requiem|CAPCOM