Auteur : Bruno Cathala

Illustrateur : Pauline Détraz

Test

Test Kingdomino : Deux minutes de règles, des années de parties

Un château en carton, une poignée de dominos colorés, un petit roi en bois. Il n'en faut pas plus à Kingdomino pour occuper une table depuis dix ans. Le jeu de Bruno Cathala, illustré par Cyril Bouquet et édité par Blue Orange, a décroché le Spiel des Jahres en 2017 et n'a jamais vraiment quitté les étagères depuis. Chez nous, c'est un peu pareil : il ressort régulièrement, à deux, à trois ou à quatre, et on ne s'en lasse pas. Un jeu qui s'explique en deux minutes a-t-il vraiment de quoi tenir sur la durée ? C'est après de nombreuses parties dans toutes les configurations que l'on te livre notre verdict…

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Test Kingdomino : Deux minutes de règles, des années de parties

Comment ça se joue ?

Test Kingdomino : Deux minutes de règles, des années de parties

Tu pars d'un château posé sur une tuile de départ, et ton but est de bâtir autour de lui le plus beau royaume possible. À chaque tour, quatre dominos sont tirés et alignés face visible, du plus petit numéro au plus grand. Chacun représente deux paysages : champs de blé, forêt, lac, prairie, marais ou mine, parfois avec une ou plusieurs couronnes dessus. Quand vient ton tour, tu prends le domino sur lequel tu as posé ton roi au tour précédent, tu l'ajoutes à ton royaume, puis tu poses ton roi sur l'un des quatre nouveaux dominos qui viennent d'être révélés.

La pose a deux contraintes. Au moins un côté du domino doit toucher ton château ou un paysage identique, forêt contre forêt, lac contre lac. Et tout doit tenir dans un carré de 5 cases sur 5. Si tu ne peux pas placer un domino, il part à la défausse. Au bout de douze dominos, on compte : chaque domaine, c'est-à-dire chaque groupe de cases du même paysage qui se touchent, rapporte son nombre de cases multiplié par le nombre de couronnes qu'il contient. Une forêt de six cases avec deux couronnes, ça fait douze points. Un champ immense sans aucune couronne, ça fait zéro.

Une partie se boucle en un quart d'heure, et la règle s'explique en moins de temps qu'il n'en faut pour monter les châteaux. On n'a jamais eu besoin de rouvrir le livret au deuxième tour.

« Un champ immense sans aucune couronne, ça fait zéro »

Le petit numéro qui change tout

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Sur le papier, c'est tout. Et pourtant, c'est là que Kingdomino devient grisant. Les dominos sont rangés par numéro, et plus le numéro est élevé, plus le domino est intéressant : plus de couronnes, des paysages plus rares. Mais la position de ton roi décide aussi de l'ordre du tour suivant. Celui qui a pris le plus gros domino jouera en dernier. Celui qui s'est contenté d'une petite tuile choisira en premier.

Et la subtilité, c'est que tu peux deviner ce qui arrive. Quand tu poses ton roi, les quatre dominos du tour suivant sont déjà sur la table, côté numéro. Tu vois donc s'il y a des tuiles potentiellement attrayantes pour ton royaume ou non, tout est question de compromis. Tu prends la belle mine à deux couronnes maintenant, ou tu prends un domino modeste pour être sûr d'attraper une bonne tuile juste après ? Et ce voisin qui a posé son roi juste avant toi, il vise quoi ? Tout se lit sur la table, personne ne cache rien, et chacun hésite quand même. C'est ce choix, répété douze fois, qui fait la partie.

« Tu sais jamais ce que tu sacrifies en te plaçant en dernier »

Ça marche extrêmement bien. Les tours s'enchaînent sans temps mort, parce qu'il n'y a qu'une décision à prendre à chaque fois, mais cette décision pèse vraiment. On s'est souvent surpris à retourner un domino dans tous les sens pour le faire rentrer, puis à râler parce que le roi d'en face s'est posé pile où on voulait aller.

Calculer, ou juste faire joli ?

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Autour de la table, on a vu passer toutes sortes de joueurs. Ceux qui comptent les couronnes restantes dans la pioche. Ceux qui regardent l'ordre du tour suivant avant même de poser leur domino. Et ceux qui ne calculent pas du tout, qui veulent simplement un joli royaume, une belle forêt par-ci, un petit lac par-là. Figure-toi que ces derniers ont parfois gagné.

Ce n'est pas un hasard. Un domaine cohérent, étendu et bien groupé, c'est précisément ce que le jeu récompense. Le joueur qui cherche le beau royaume fait souvent les bons choix sans s'en rendre compte, et le calculateur qui a trop voulu optimiser se retrouve avec trois paysages à moitié finis. Du coup, Kingdomino change de visage selon les gens assis autour. Avec des joueurs tranquilles, c'est une partie sans prise de tête où l'on compare les royaumes à la fin en se marrant. Avec des joueurs qui se connaissent bien, ça devient très compétitif, chacun surveillant le roi de l'autre et bloquant le domino convoité. Et les deux versions sont aussi plaisantes l'une que l'autre.

« Ceux qui voulaient simplement un joli royaume ont parfois gagné »

L'Empire du milieu et l'Harmonie, nos deux habitudes

La boîte propose quelques variantes, et deux d'entre elles ont fini par devenir notre façon normale de jouer. L'Empire du milieu te donne 10 points si ton château se trouve exactement au centre de ton royaume de 5 sur 5. L'Harmonie, le carré parfait, en ajoute 5 si tu as réussi à remplir toutes tes cases, sans avoir jeté un seul domino.

Les deux se combinent, et elles changent la manière de construire. Avec l'Empire du milieu, tu ne peux plus coller ton château dans un coin pour avoir de la place : il faut bâtir des deux côtés en même temps, et une tuile posée trop loin ferme des options. Avec l'Harmonie, chaque domino inutile fait mal deux fois, parce qu'il ne rapporte rien et parce qu'il te coûte le bonus. On se retrouve à accepter un domino moyen plutôt que de le jeter, et à réfléchir au tour d'après avec un peu plus d'attention. Pour le temps de partie, ça ne change rien. Pour le plaisir de regarder son royaume terminé, ça change pas mal.

« Avec l'Harmonie, un domino jeté fait mal deux fois »

La règle propose aussi la Dynastie, qui enchaîne trois parties dont on additionne les scores. Elle lisse les tirages chanceux et convient bien aux soirées où l'on n'a pas envie de changer de jeu.

Le Grand Duel : à deux, en 7 sur 7

À deux, la règle de base retire la moitié des dominos et donne deux rois à chacun. Ça fonctionne très bien, mais c'est le Grand Duel qui nous a procuré les plus grands plaisirs. Tous les 48 dominos sont en jeu, et ton royaume peut s'étendre sur 7 cases sur 7. Deux rois chacun, donc deux dominos par tour, et une partie deux fois plus longue.

Le jeu change d'échelle. Les domaines peuvent devenir immenses, et une mine à trois couronnes posée sur une montagne de huit cases vaut tout d'un coup une fortune. Mais à sept de large, placer le château au centre et remplir le carré demande une vraie planification, et le moindre domino jeté se remarque. Avec les deux rois, les choix se multiplient aussi : tu peux en garder un pour te placer tôt au tour suivant et l'autre pour la grosse tuile. On y a passé d'excellentes soirées à deux, le royaume débordant sur la table.

De petits paysages qu'on lit d'un coup d'œil

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Les illustrations de Cyril Bouquet font beaucoup pour le jeu. Chaque paysage a sa couleur et son relief, les bâtiments sont vus de côté et les couronnes ressortent nettement sur les cases qui comptent. Même de l'autre côté de la table, tu distingues en une seconde la forêt du marais et tu repères où sont les couronnes. Pour un jeu où l'on passe son temps à regarder ce que les autres construisent, c'est précieux.

Le matériel va dans le même sens : des dominos épais qui se manipulent bien, des rois en bois agréables à poser, et quatre petits châteaux en carton à monter qui donnent tout de suite du relief aux royaumes. Les enfants adorent les châteaux. Les grands aussi, même s'ils le disent moins.

Kingdomino est-il fait pour toi ?

On n'a encore jamais rencontré quelqu'un qui n'aimait pas Kingdomino. Des enfants de huit ans aux grands-parents, des joueurs occasionnels à ceux qui enchaînent les gros jeux, tout le monde entre dedans en un tour et tout le monde a envie d'une revanche. C'est le jeu qu'on sort pour commencer une soirée, pour la finir, ou pour initier quelqu'un qui pense ne pas aimer les jeux de société.

Côté nombre de joueurs, il marche dans toutes les configurations, et c'est assez rare pour être souligné. À deux, la règle retire des dominos et donne deux rois à chacun. À trois, elle en retire une partie, et à quatre tout le paquet est en jeu. Ces petits ajustements font que l'équilibre tient à chaque fois : jamais trop de choix, jamais trop peu de concurrence. À deux, on te conseille vivement le Grand Duel. À trois ou quatre, le 5 sur 5 avec l'Empire du milieu et l'Harmonie, c'est notre formule.

Si tu cherches un jeu qui te tiendra deux heures la tête dans la stratégie, ce n'est pas celui-là. Kingdomino dure un quart d'heure, et c'est précisément ce qu'on lui demande.

Kingdomino : deux minutes de règles, des années de parties

Dix ans après sa sortie, Kingdomino n'a pas pris une ride. Une règle que tu expliques en deux minutes, un choix à chaque tour qui fait hésiter tout le monde, et des parties qui changent de ton selon les joueurs. On y joue depuis des années, à deux, à trois et à quatre, avec les variantes et sans, et il ressort toujours avec le même plaisir.

« Une règle en deux minutes, et un choix à chaque tour qui fait hésiter tout le monde »

ParBruceContributeur