Auteurs : Bruno Cathala · Marie Fort · Wilfried Fort

Illustrateurs : Maëva Da Silva · Christine Deschamps

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Kingdomino a 10 ans : Histoire d'un royaume bâti domino après domino

Tu te souviens de ta première partie de Kingdomino ? Un petit château en carton, quelques dominos colorés, un roi en bois qu'on pose sur la tuile qu'on veut… et cette question qui revient à chaque tour : je prends la belle tuile maintenant, ou je pense au tour d'après ? Ça fait dix ans que ça dure. Dix ans que le jeu de Bruno Cathala tourne dans les familles, les ludothèques et les soirées entre amis. Il a raflé le Spiel des Jahres, il a eu des petits frères, une version pour les enfants, une version préhistorique, et même un jeu vidéo. Pour son anniversaire, on te raconte son histoire. Et tu vas voir, elle commence là où on ne l'attend pas du tout : au pied des pistes de ski.

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Kingdomino a 10 ans : Histoire d'un royaume bâti domino après domino

Les dates clés

Tout commence dans une station de ski

Petit retour en arrière. Au milieu des années 2010, Bruno Cathala a une commande un peu particulière : il crée des petits jeux pour une station de ski, qui les offre aux familles venues passer la semaine. Des jeux de tuiles, de dés, de cartes… En 2015, il cherche autre chose. Et là, il a une idée qui lui vient « presque tout de suite » : des dominos.

Ça donne K'dominoz. Une toute petite boîte, huit dominos chacun, et un jeu bouclé en un après-midi. Rien de plus. Sauf que Cathala n'arrive pas à passer à autre chose. L'idée lui trotte dans la tête, alors il la reprend. Il remplace la ferme et ses animaux par un royaume et des couronnes. Il ajoute des tuiles, de nouveaux paysages. Et surtout, il glisse un numéro sous chaque domino. Retiens bien ce numéro, c'est lui qui va tout changer. Au bout de six mois de travail et de dizaines de parties de test, Kingdomino est né.

« Je ne travaille que sur les jeux auxquels j'ai envie de jouer moi-même. Je suis mon premier client » - Bruno Cathala

Le petit numéro qui change tout

Kingdomino a 10 ans : Histoire d'un royaume bâti domino après domino

Les règles de Kingdomino, elles s'expliquent en deux minutes. Tu construis ton royaume autour de ton château, et chaque domino doit toucher un paysage identique : forêt contre forêt, lac contre lac. Le tout doit tenir dans un carré de 5 cases sur 5. À la fin, chaque domaine te rapporte son nombre de cases multiplié par ses couronnes. Un immense champ de blé sans la moindre couronne ? Zéro point. Ça pique.

Et puis il y a ce fameux numéro. À chaque tour, les dominos sont rangés dans l'ordre, des plus modestes aux plus précieux, et tu poses ton roi sur celui que tu veux. Le truc, c'est que la position de ton roi décide de quand tu joueras au tour suivant. Tu prends le gros domino bourré de couronnes ? Parfait, mais la prochaine fois, tu passeras en dernier et tu prendras ce qui reste. Tu te contentes d'une petite tuile ? Tu choisiras en premier au tour d'après. C'est tout bête. Mais c'est ça qui fait hésiter tout le monde autour de la table, des enfants de 8 ans jusqu'aux joueurs les plus calculateurs.

« Tu prends le gros domino bourré de couronnes ? Parfait, mais la prochaine fois, tu passeras en dernier »

Pour un plus grand défi, la boîte a de quoi corser un peu les choses. L'Empire du milieu te donne 10 points si ton château est pile au centre. L'Harmonie en ajoute 5 si tu n'as jeté aucun domino. La Dynastie enchaîne trois parties de suite. Et à deux, il y a le Grand Duel, sur un royaume de 7 sur 7. C'est d'ailleurs la variante préférée de Cathala.

Le dessin qui a sauvé le jeu

Kingdomino a bien failli sortir avec une tout autre tête. Le premier illustrateur dessinait les paysages vus du dessus. Problème : le prototype de Cathala les montrait de côté, en perspective. Pour lui, le résultat était difficile à lire et franchement pas très attirant. Alors Blue Orange a fait un choix rare : changer d'illustrateur au dernier moment et payer pour tout refaire.

C'est Cyril Bouquet qui récupère le projet. Il dessine les bâtiments de côté, met les couronnes bien en évidence sur les cases qui comptent, comme sur le prototype. Et Cathala est formel :

« Je suis sûr que sans ce changement de dernière minute, Kingdomino ne connaîtrait pas le succès qu'il a aujourd'hui » - Bruno Cathala, en 2017

Kingdomino a 10 ans : Histoire d'un royaume bâti domino après domino (2)

Quand tu regardes la boîte aujourd'hui, c'est difficile de l'imaginer autrement. Ces petits paysages, les forêts, les lacs, les mines, c'est un peu la signature du jeu. Tu les reconnais au premier coup d'œil.

La dernière édition modernise encore plus l'esthétique des tuiles. Même si la version originale reste parfaite, la nouvelle version est sublime, et on se demande surtout, y a-t-il de nouveaux "Easter Egg" cachés à l'intérieur ?

2017 : la couronne, la vraie

Kingdomino sort en 2016. Un an plus tard, le 17 juillet 2017, il décroche le Spiel des Jahres, le jeu de l'année en Allemagne, la récompense que tout le monde rêve d'avoir. Face à lui, il y avait pourtant Magic Maze et El Dorado. Le jury explique qu'il « élève le bon vieux principe du domino à un nouveau niveau ». Et pour Bruno Cathala, c'est un sacré moment : quinze ans qu'il crée des jeux, et il n'avait jamais été nommé. Première nomination, première victoire.

La suite de l'année va dans le même sens. Kingdomino est élu jeu de l'année en Italie (le Gioco dell'Anno), reçoit le Gouden Ludo du meilleur jeu familial en Belgique, et le Prix du public au festival de Saint-Herblain. Blue Orange en profite pour sortir une version géante, avec des dominos de 8 cm sur 16, de quoi faire des parties dans les festivals ou au fond du jardin.

« Quinze ans qu'il crée des jeux, et il n'avait jamais été nommé. Première nomination, première victoire »

La famille s'agrandit

Avec un succès pareil, tu te doutes bien que la suite n'a pas tardé. Dès 2017, Queendomino débarque. C'est un jeu à part entière, avec des chevaliers, des bâtiments à construire, une reine et même un dragon. Et la bonne idée, c'est qu'il se mélange avec Kingdomino : en combinant les deux boîtes, tu peux jouer jusqu'à six, ou à quatre sur de grands royaumes de 7 sur 7.

En 2018, L'Âge des Géants vient compliquer tout ça. Des géants qui viennent s'asseoir sur tes couronnes, des défis, et de la place pour un cinquième joueur. En 2019, changement de registre avec Kingdomino Duel, un jeu de dés à cocher, rien que pour deux. Et en 2020, pendant le premier confinement, Blue Orange met en ligne La Cour, une petite extension gratuite à imprimer chez soi. Sympa, le geste.

Cette même année 2020, il y a surtout Dragomino. C'est le Kingdomino des petits, dès 5 ans, signé Bruno Cathala avec Marie et Wilfried Fort. Cette fois, on part sur une île à la recherche de bébés dragons. Et devine quoi ? En 2021, il remporte le Kinderspiel des Jahres, le jeu de l'année pour enfants, et l'As d'Or Enfant en France. Le jeu de l'année, puis le jeu de l'année pour enfants : pas mal pour une famille de dominos.

« Le jeu de l'année, puis le jeu de l'année pour enfants, ça fait beaucoup là non ? »

En 2021 toujours, Kingdomino Origins nous ramène à la préhistoire, avec du feu, des cavernes et trois façons de jouer. Une boîte qui se suffit à elle-même, cette fois, et qui ne se mélange pas avec les autres. Et en 2025, le royaume passe même sur écran, avec un jeu vidéo sur smartphone et sur Steam. La même année, la boîte de base ressort avec un nouveau graphisme. Les règles, elles, n'ont pas bougé. Pourquoi changer ce qui marche ?

Les Trésors perdus, le cadeau d'anniversaire

Pour ses 10 ans, Kingdomino a droit à un petit cadeau : Les Trésors perdus, une mini-extension de Bruno Cathala avec Pauline Detraz. Le principe ? Dès que tu formes dans ton royaume un carré de 2 sur 2 avec quatre paysages différents, tu découvres un trésor. Un jeton de pierre précieuse, que tu poses au milieu du carré. Il en existe cinq sortes, plus un joker. Et si tu arrives à réunir les cinq… tu gagnes. Direct. Même pas besoin de compter les points.

Ce qui est marrant, c'est que ça va complètement à l'opposé du jeu de base. Pendant dix ans, Kingdomino t'a poussé à faire de grands domaines du même paysage. Là, il te demande de mélanger un peu tout, par petites touches. Alors tu fais quoi ? Ta grande forêt couronnée, comme d'habitude, ou tu tentes le coup des pierres précieuses ?

« Pendant dix ans, Kingdomino t'a poussé à faire de grands domaines du même paysage. avec les trésors perdus, il te demande de mélanger un peu tout »

Pourquoi on y joue encore

Dix ans, pour un jeu de société, c'est énorme. Des lauréats du Spiel des Jahres qui ont fini au fond d'un placard, il y en a un paquet. Kingdomino, lui, est toujours là. Il a eu ses tournois en France dès 2018, et même un championnat de France. Une partie dure un quart d'heure, tu l'expliques en deux minutes, et pourtant il se passe quelque chose à chaque tour. Ce choix du domino, tout le monde le vit, que tu aies 8 ans ou 50.

Et puis, pour beaucoup de familles, Kingdomino a été le premier. Le premier jeu « moderne » posé sur la table, celui qui a donné envie d'aller voir ce qu'il y avait d'autre en boutique. Ça, ça n'a pas de prix.

Kingdomino, 10 ans et toujours roi

Dix ans après sa sortie, Kingdomino n'a pas vraiment pris une ride. Il a changé de boîte, accueilli des géants, des dragons, des hommes préhistoriques et maintenant des trésors. Mais au fond, tout repose encore sur la même idée : choisir un domino, le poser au bon endroit et espérer ne pas regretter son choix au tour suivant. Mine de rien, il en sort des jeux chaque année, pour autant le plaisir de sortir cette boite, de rassembler des personnes de tout âge et d'y jouer est toujours intact.

Alors, merci Kingdomino pour ces belles années !

ParBruceContributeur