Deux esprits, une rue et des machines bricolées pour marquer son territoire
Kikai : Bricolage Heads est un
jeu de
stratégie expert pour deux joueurs, imaginé par
Yasuyuki Yamagishi
et magnifié par le travail graphique très marqué d’
Ylann Braunschweiger.
Le jeu nous entraîne dans les rues de
Yukon Street, décor d’un duel de
street art atypique où la créativité et la récupération deviennent de
véritables armes stratégiques.
Dans cet univers urbain inspiré du Japon contemporain, tu incarnes un
bricoleur capable de transformer les rebuts du quotidien en Kikai,
d’imposantes statues mécaniques faites de déchets. Construire ces œuvres,
attirer des fans, distribuer des flyers et organiser des expositions devient
essentiel pour imposer ton style et ta renommée. Tendu et nerveux, le jeu te
demande de jongler entre construction, influence, organisation
et timing, avec même la possibilité d’une Victoire Médiatique en
saturant la ville de panneaux publicitaires. L’heure est venue de jouer les
rois de la bricole et de mettre la ville sous ton influence.
« À Yukon Street, la créativité devient une arme et
chaque déchet peut faire de toi une légende urbaine »
Construire, influencer et attirer les foules dans un quartier kawaii »
Le plateau de
Kikai : Bricolage Heads représente
les rues de
Yukon Street, divisé un en
six Quartiers distincts,
chacun proposant ses propres opportunités. En début de partie, chaque joueur
dispose de
quatre cartes Quartier, qui déterminent les zones depuis
lesquelles il pourra agir. À chaque tour, tu joues l’une de ces cartes pour
activer le Quartier correspondant et réaliser ton action principale.
Construire est au cœur du jeu. En activant un Quartier, tu
peux assembler un élément d’un Kikai, que ce soit les pieds, le corps ou la tête.
Pour que ton Kikai soit correctement formé, tu auras besoin d’échelles, ce
qui te permettra aussi de progresser sur la piste d’influence de ta couleur. En
parallèle, tu vas façonner un véritable réseau urbain, la condition sine
qua non pour permettre à tes fans de circuler dans Yukon Street et de venir
admirer tes créations, pas celles de ton adversaire.
Mais tout ne se résume pas à la construction. Tu dois
attirer
des fans pour activer les pouvoirs de tes Kikai, ou encore organiser des
expositions,
un moment clé pour gagner de l’énergie et avancer sur la
piste de renommée.
Certains tours peuvent être optimisés grâce aux
mégaphones, qui offrent
des actions bonus et permettent d’enchaîner les coups malins. L’art de la
création d’un kikai réside dans le jonglage entre toutes ces actions et le bon
timing pour faire la bonne action au bon endroit. La partie s’achève à la fin
de la quatrième manche avec un décompte des points… sauf si un joueur déclenche
immédiatement une
Victoire Médiatique en plaçant ses
six panneaux
publicitaires sur le plateau, mettant fin à la partie sans préavis.
« Chaque action façonne la rue. Construire, influencer
et attirer les foules sont indissociables pour prendre le contrôle de Yukon
Street »
Un duel urbain plus souple qu’il n’y paraît
Toute la richesse de
Kikai : Bricolage Heads
repose sur la
gestion des cartes Actions, véritables clés de lecture de
la ville. Elles déterminent depuis quel Quartier tu agis et structurent ton
plan de jeu sur plusieurs tours. Contrairement à ce que certains retours
laissent entendre, le jeu n’est
pas aussi punitif qu’on pourrait le
croire. Tu peux aussi bien l’aborder de manière « chill », en construisant
progressivement ton réseau, que dans une optique clairement
torture-méninges,
en maximisant chaque action. C’est d’ailleurs ce qui rend le jeu difficile à
classer comme un pur
jeu expert, malgré sa profondeur.
La tension peut toutefois monter d’un cran pour ceux qui la
recherchent, notamment avec la
gestion de main et une
pioche limitée
à une seule carte par tour, qui met la patience des joueurs à rude épreuve
et oblige à analyser la situation avant de faire ton choix dans les actions à
accomplir. Le moindre mauvais timing peut coûter cher, tandis qu’un bon
enchaînement procure une vraie satisfaction. La construction du réseau de
Flyers, l’utilisation parfois opportuniste du réseau adverse (moyennant « frais
de péage ») et la course aux éléments de Kikai entretiennent une
interaction constante, sans jamais tomber dans l’agression frontale.
« Kikai peut se jouer posé ou cérébral à l’extrême :
c’est toi qui définis le niveau de tension »
Côté immersion, le
thème est original et très bien exécuté.
L’univers urbain inspiré du Japon, au style graphique manga, est un vrai régal
pour les yeux et participe pleinement à l’identité du jeu et à notre immersion.
Si l’on devait relever un bémol matériel, ce serait du côté des
éléments des
Kikai, constitués de petites boîtes en carton qui peuvent rendre certaines
structures un peu instables (avec parfois une sensation de
Jenga
improvisé).
Pour
pallier ce désagrément, un set de 36 éléments en bois est en précommande
et sera livré au moment du Cannes 2026. Le reste de la boîte est exemplaire : matériel
abondant, couleurs éclatantes, illustrations superbes et rangements bien
pensés. On apprécie clairement ce genre de production soignée.
Enfin, la règle aurait gagné à être
plus claire et plus
pédagogique, notamment pour la première partie. Un bon accompagnement facilite
toujours la prise en main et laisse une meilleure première impression. Rien de
rédhibitoire toutefois, une fois les mécaniques intégrées, le jeu se révèle
fluide, cohérent et particulièrement plaisant à explorer.
Pour les stratèges qui aiment réfléchir… mais à leur rythme.
Kikai : Bricolage Heads s’adresse avant tout aux
joueurs qui aiment les
jeux de duel stratégiques, avec une vraie
réflexion sur le placement, le tempo et l’optimisation. Il parlera
naturellement aux joueurs
habitués, amateurs de jeux dits « initiés »
ou « expert light », sans pour autant exclure ceux qui veulent
découvrir ce type d’expérience.
Les joueurs qui aiment analyser la table, construire sur le
long terme et accepter une part de frustration dans leurs choix y trouveront un
terrain de jeu idéal. En revanche, il conviendra moins aux amateurs de jeux
rapides et très immédiats, ou à ceux qui recherchent une forte narration. Enfin,
son identité visuelle forte et son univers urbain japonisant séduiront ceux qui
attachent de l’importance au thème et à la direction artistique,
tandis que son format exclusivement à deux joueurs en fait un excellent
candidat pour des soirées en tête-à-tête stratégiques et tendues.
« Grâce à sa souplesse, le jeu peut aussi bien se
pratiquer de façon relativement détendue que dans une approche beaucoup plus
cérébrale »
Un duel urbain exigeant, original… et plus accessible qu’il n’y paraît.
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Kikai : Bricolage Heads propose un
jeu de duel stratégique solide, porté par une identité visuelle forte et un thème original autour du bricolage urbain et du street art. Sa gestion de cartes Actions, son réseau de Flyers et sa course à l’influence créent une tension constante sans tomber dans l’excès de punition. On apprécie particulièrement la richesse de ses mécaniques, la variété des chemins vers la victoire et la qualité générale de l’édition, malgré quelques faiblesses matérielles du côté de la stabilité des Kikai et un livret de règles qui manque de clarté sur quelques éléments pour une première partie. Mais une fois lancé, le jeu révèle une profondeur qui récompensent la réflexion et le timing.
Kikai : Bricolage Heads trouvera parfaitement sa place sur les tables de joueurs réguliers à la recherche d’un
duel intelligent, tendu et élégant, où chaque action compte et où la victoire peut se construire de multiples façons.
Fiche technique | KIKAI :
BRICOLAGE HEADS
Éditeur : FENTasy
Auteurs : Yasuyuki
Yamagishi
Illustrations : Ylann
Braunschweiger
Nombre de joueurs : 2
Âge conseillé : à partir de 12 ans
Durée : environ 60 minutes
+d'infos : Kikai – Bricolage Heads - FENTasy Games